Gruissan: le Salin de l’île St Martin

Je participe ce mois-ci à nouveau au rendez-vous interblog « En France aussi » créé par Sylvie sur son blog Le Coin des voyageurs, et j’ai l’immense chance d’avoir proposé le thème du mois : Patrimoine industriel.

De nos jours, de plus en plus d’entreprises et sites industriels ouvrent leurs portes au public, c’est souvent l’occasion de découvrir un savoir-faire local et de voir notre patrimoine d’une autre façon : fromagerie, chocolaterie, biscuiterie, centrale électrique, artisanat, que sais-je encore…. J’ai eu l’opportunité au mois d’août 2017 de visiter le salin de Gruissan, dans l’Aude, car oui, il n’y a pas que la plage en bord de Méditerranée, il y a la culture aussi! Et j’aime bien entretenir mes neurones

Entreprise et Découverte s’associe au rendez-vous En France aussi
pour nous offrir un guide du Routard,
rendez-vous en fin d’article !

Le Salin de l’île St Martin

Le sel en Méditerranée est exploité depuis l’Antiquité romaine. Ici, à Gruissan, le salin de l’île St Martin a été créé en 1911. Après un abandon en 2004 pour manque de rentabilité, le salin a été repris par l’exploitant actuel en 2009. Des mois de travail ont été nécessaire pour remettre en état les 14 bassins et les 40 km de canaux répartis sur les 400 hectares du site de l’entreprise. Le site a été ouvert au public en 2010. On peut bien sûr accéder au bord des premiers étangs, tout près du restaurant et de la boutique, mais je vous recommande vivement la visite guidée. Elle dure 1h15 et permet d’en apprendre bien plus sur le sel, son exploitation en général et son exploitation à Gruissan. Vous aurez également l’opportunité de parcourir une partie du site, en suivant la guide le long des bassins et des canaux.

La récolte annuelle avoisine en moyenne les 15000 tonnes. Les années 2016 et 2017 furent exceptionnelles : 18000 tonnes furent récoltés en 2016 et 38000 tonnes en 2017 ! 1500 tonnes sont récoltées à la main par les sauniers dans 6 petits bassins, cette récolte est destinée au sel de table. La fleur de sel est aussi récoltée à la main dans ces six petits bassins. Le reste de la production est récolté par des machines et sert principalement de sel pour les routes pour l’hiver. Le sel récolté par les machines à Gruissan est tout à fait utilisable en cuisine mais c’est un choix de la société de ne pas le commercialiser pour la table.

En Méditerranée, on ne trouve pas des marais salants mais des salins. Et oui, il n’y a pas de marées pour remplir les bassins comme à l’océan, l’eau est pompée dans la mer pour être ensuite distribuée dans les bassins à l’aide des canaux. La personne travaillant dans un salin est un saunier.

Contrairement au sel récolté sur la façade atlantique, en Méditerranée, il n’y a qu’une seule récolte par an. Elle dure un mois et a lieu chaque année en septembre, dans des bassins à sec. La couche de sel atteint en général dix centimètres, cependant, seuls huit centimètres sont raclés afin de ne pas détruire le bassin et de permettre à la couche de sel de se reformer plus facilement. Cette année, le début de la récolte a commencé en avance, l’été ayant été bien chaud, la récolte a pu débuter dès le 17 août. J’ai eu la chance d’effectuer ma visite le 31 août, le site était en pleine effervescence! Notre guide – jamais à court d’information – nous a informés que la récolte en Atlantique se déroule quotidiennement de juin à septembre, dans des bassins qui ne sont pas à sec, mais à marée basse et que le sel est plus gris. Mais je vous invite à lire l’article de Caroline sur le sujet afin d’en découvrir un peu plus sur les marais salants de Guérande et en Vendée.

Translucide dans l’eau, le sel devient blanc au contact de l’air. Il se cristallise au contact de l’air, c’est un phénomène normal d’érosion : le vent et le soleil faisant leur œuvre. N’oublions pas que Gruissan bénéficie de 200 jours de soleil par an mais aussi de 300 jours de vent par an ! Oui, c’est le pays du vent… ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le Mondial du vent (windsurf et kitesurf) a lieu chaque année à Leucate, commune voisine de Gruissan.

Le sel que nous consommons se nomme le chlorure de sodium. Il existe une centaine de sels dans la mer mais un seul, le chlorure de sodium, a ce goût « salé » que nous connaissons. Quant à la fleur de sel, c’est ce petit papillon minéral qui émerge à la surface de l’eau quand le soleil tape un peu trop. À l’inverse du sel de table, elle ne se cuit pas mais se dépose sur les mets les plus délicats.

Savez-vous pourquoi les derniers bassins situés tout près de l’entrée des visiteurs sont de couleur rose? Personne dans le groupe de visiteurs n’en savait rien, c’est une jeune visiteuse de 9-10 ans qui connaissait la réponse!

C’est à cause d’une algue microscopique (dunalliela salina), seule algue à survivre dans un bassin au taux de salinité aussi élevé (260 grammes de sel par litre d’eau après le passage de bassin en bassin, contre 29 grammes dans l’eau de mer !). Cette algue riche en bêtacarotène est le régime alimentaire de crustacés microscopiques (artemia salina), eux-même consommés par les… flamants roses !

Mais le sel, ça use… la dameuse utilisée un mois et demi par an a une durée de vie de 4 ans, elle ne reste pas sur le site le reste de l’année et a donc une durée de vie totale de… 6 mois ! Les mêmes dameuses utilisées dans les stations de ski sont utilisées quatre mois et demis par an pendant… 10 ans ! Rien ne pousse, sauf une lavande de mer et deux espèces de salicornes (dont une est comestible). On nous a d’ailleurs vivement conseillé de nettoyer nos chaussures après la visite et de bien laver ce chapeau qui s’était envolé et avait atterri dans un bassin.

Lors de la construction des bassins au début du XXe siècle, une source d’eau douce a jailli. Au milieu du salin, se trouve donc un bassin d’eau douce qui accueille des oiseaux et est devenu une réserve ornithologique. En effet, en raison de la salinité de l’air, aucun prédateur ne s’approche ! On y trouve régulièrement des flamants roses. Des goélands viennent régulièrement se baigner dans les bassins de sel pour cicatriser leurs plaies. Rassurez-vous, le sel est ensuite lavé avant d’être vendu pour être consommé. Bien entendu, il n’est pas lavé avec de l’eau, sinon il fondrait. Il est nettoyé avec de la saumure extraite des bassins. Ailleurs dans la commune, on trouve bien entendu des flamants roses et des colonies de cigognes venues passer l’hiver à Gruissan !

A la boutique, juste à l’entrée du site, vous trouverez du sel fin (sans blague!), du gros sel, du sel mélangé avec des épices, des produits locaux (vin, miel, confitures, cassoulets) ainsi qu’une confiserie.

Il y a également un restaurant (La Cambuse du Saunier) et un café. Des huîtres élevées sur place sont également disponibles à la vente.

J’ai beaucoup apprécié cette visite. Notre guide était très accessible, rigolote, expliquait les choses simplement pour que le commun des mortels et les enfants puissent comprendre. La visite est très riche en information, je n’ai vraiment pas tout retenu !

Durée : 1h15 (horaires sur le site internet)

Visites guidées de avril à octobre – Accès aux premiers bassins: visite libre – visite guidée : 7,60€

Situé à 14km de Narbonne, 30 km de la réserve africaine de Sigean – Parking gratuit sur place

Bonus : on repart avec un petit sachet de gros sel qu’on remplit soi-même lors du parcours.

Gruissan

Le vieux-village tout proche n’est pas très grand. C’est joli, les petites rues sont charmantes et on a un magnifique point de vue sur le village construit en coquille d’escargot, les étangs et les salins en haut de la tour Barberousse. La rue principale est polluée de boutiques inintéressantes.

Non loin, le célèbre quartier des chalets attire toujours les curieux. Il reste très peu de chalets sur pilotis, d’origine, non modifiés. La plupart des propriétaires ont en effet emménagé le rez-de-chaussée pour agrandir leur résidence. Les chalets sont tout près de la plage.

Le meilleur moment de l’année pour apercevoir des flamants roses et des cigognes reste l’hiver.

CONCOURS

Entreprise et Découverte vous offre la possibilité ce mois-ci de gagner le Guide du Routard Le Guide de la Visite d’Entreprise.

L’agence de visites ‘Entreprise & Découverte’ regroupe de nombreuses entreprises françaises souhaitant ouvrir leurs portes aux visiteurs. Elle permet également de promouvoir ces visites auprès du grand public pour la visite individuelle. Le site internet permet d’effectuer une recherche par région ou département, secteur d’activité, mot-clé, nom d’entreprise. Je vous invite à le visiter en cliquant ici pour découvrir quelles entreprises accueillent des visiteurs près de chez vous.

Comment participer?

Pour gagner ce guide, commentez un des articles du rendez-vous avant le 30 janvier 2018 (liste ci-dessous) et commentez la page Facebook du rendez-vous, (en indiquant le blog sur lequel vous avez commenté).

Edit 1er février 2018: nos deux gagnantes sont Caroline (blog Family trip and play) pour les blogueurs et Charlotte W. pour les lecteurs.

Les autres articles publiés ayant pour thème « Patrimoine industriel » pour ce rendez-vous #EnFranceAusside janvier 2018 sont rassemblés ici:

Anne – Annima – Tourisme industriel: Le Bazacle à Toulouse

Benoît – Des yeux plus grands que le monde – Confiserie des hautes Vosges

Caroline – Family trip and play – Le tourisme du sel sur la façade atlantique

Hélène et Paule-Elise – 1916 kilomètres – Patrimoine industriel et Première Guerre Mondiale

Ellye – Traveling address – Le musée de l’air et de l’espace du Bourget

Estelle – Curiosity Escape – Ces boissons qu’on fabrique en Isère

Florence – Florence Gindre – Le savon de Marseille

Martine – Martine Passion Photos – L’industrie du parfum dans la région de Grasse et un deuxième article: Fontaine de Vaucluse et son moulin à papier

Mathilde – Voyager en photos – Musée des Arts et Métier de Paris

Mathylde – Mordue de Voyages – Gruissan: Le salin de l’île St Martin

Milla – La Galerie – Grenoble: Tourisme industriel

Pierre – Mon Grand Est – Les sites incontournables de la Lorraine industrielle et un deuxième article: Balade dans la cité ouvrière de Mulhouse

Sylvie – Le coin des voyageurs – Les soieries Bonnet dans l’Ain

Sylvie – Randonnées pour petits et grands – Le gâteau à la broche de Sia

Virginie – Les aventures de Arthur et Thibaut – Visite de l’espace alu ou de la galerie hydraulica

(si vous n’êtes pas dans ma liste, faites-moi signe!)

Les articles ont également tous été rassemblés sur cette carte par Pauline (merci Pauline!)

35 commentaires sur « Gruissan: le Salin de l’île St Martin »

  1. Merci pour ce bel article, j’y ai appris la différence entre marais salants et salins ! J’aimerais beaucoup visiter Gruissan, il y a tellement de belles choses à voir dans la région ! 🙂

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    1. De rien! 😊
      À Malte j’avais visité des salines datant de l’époque romaine et encore en exploitation. D’ailleurs j’ai ramené du sel de Malte aussi – J’ai du sel de partout, trop de sel 😅.
      Pour les salines, c’est le même principe que les salins mais c’est tout petit, bassins de quelques mètres carrés. Un jour j’écrirai sur Malte, un jour 😅

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  2. J’adore ce petit village de Gruissan. J’ai même eu l’occasion d’aller visiter, sur place, le domaine viticole de Pierre Richard, c’est sympa à voir. De beaux flamants roses comme en Camargue. Les marais salants de Vendée, que j’ai visités cet été, sont aussi très typiques, car tout y est fait à la main là-bas. Merci pour ton beau reportage bien documenté. Amitiés.
    Martine

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  3. Bel article, c’est vraiment différent des marais salants de la côte Atlantique, la visite doit être super intéressante. C’est super en plus de pouvoir remplir son petit sac. Merci de m’avoir proposé cette idée d’articles liés.

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  4. C’est passionnant. Le sel qui bouffe les dameuses, les artémias, toute cette culture subtile… j’adore. Et le village lui même a l’air superbe !

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  5. Très intéressante découverte qui me permet de faire une comparaison avec les marais salants que je connais, c’est à dire ceux de la côte atlantique. J’ignorais d’ailleurs la différence de nom entre les marais salants et les salins. Bref, j’ai appris plein de choses. J’espère un jour découvrir ces salins pour voir comment c’est « en vrai ». En attendant, merci pour ce chouette et intéressant partage.

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  6. Merci pour ton article.
    Je n’ai jamais visité de salins, juste des marais salants (merci pour la différence !)
    Cela me fait toujours bizarre de voir ces grosses dameuses et autres engins se charger du sel (qui les attaque bien !!!)

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